• TROUBLES REVOLUTIONNAIRES : Récits et Légendes

  • En 1795, le général Hoche écrit au général Delage :

    « Charette a 6.000 louis d’or : promettez les à celui qui nous le livrera mort ou vif … »

    Le Trésor de Charette

    Charette fut pris et fusillé à Nantes le 29 mars 1796, mais aucune trace sur un éventuel trésor.


    Le trésor, d’après la tradition, fut débarqué vers le 10 août 1795 entre Saint Jean de Monts et le hameau de la pège où croisaient des bâtiments de guerre anglais. Des chaloupes auraient débarquées armes et munitions, mais aussi une somme en louis d’or. 

    D’après le récit du Dr Ribereau, descendant de l’amiral vendéen GuyetCharette aurait donné l’ordre de jeter l’une des caisses d’or dans un puits, quand les républicains attaquèrent son refuge à la lisière d’un bois.

    La guerre se termina et petit à petit, les survivants de cette tragédie, reprirent leur vie quotidienne. Mais quelques années plus tard, des charbonniers aperçurent une silhouette hanter les lieux où se réunissaient les Vendéens, avant les "coups de mains". Un charbonnier du Grasla avait même rencontré un homme qui conduisait des bœufs qui tiraient une charrette de bois.

    Le Charbonnier tenta de faire la conversation avec l’homme qui n’était apparemment pas du coin, mais celui-ci ne voulut pas engager la conversation et semblait même très pressé. L’incident fut vite oublié, jusqu’à un jour de 1810, où notre charbonnier se rendit à la foire de Montaigu. Il y fit ses affaires et alla boire un verre dans une auberge. Subitement il reconnu un client sans savoir qui était la personne.

    Se renseignant auprès des valets de l’auberge, ceux-ci l’informèrent qu’il avait affaire au plus riche propriétaire de la région, mais que personne ne savait d’où venait sa fortune. Il avait commencé comme simple Bordier et un jour il se mit à acheter des terres, puis fut vite le propriétaire d’une douzaine de Métairie et habitait dès lors un château. Au chemin du retour, le charbonnier s’interrogeait sur ce visage qu’il trouvait si familier, puis la mémoire lui revint.

    C’était l’homme aux bœufs qu’il avait vu dix ans plus tôt, il en était sur.

    Puis cette histoire fut de nouveau oubliée … Jusqu’au jour où un vieillard apparut aux charbonniers dans la clairière.

    L’homme posait des questions tout en restant assez vague.  Il finit cependant par demander si de l’or n’avait pas été trouvé dans cette clairière. Petit à petit,  une « confiance » assez relative, s’installa entre les charbonniers et le vieillard, et ils apprirent que ce dernier était un ancien soldat de Charette et que lorsqu’ils durent, lui et ses camarades, s’enfuirent face aux républicains, une caisse fut jetée dans un puits de la clairière et l’autre fut emmenée sur le dos du trésorier principal de l’armée vendéenne.

    Pourchassé par les « bleus » qui gagnaient du terrain, le trésorier dut se débarrasser du fardeau, dans une fontaine, vers le village d’Andrière. Alors l’ancien soldat de Charette avait demandé à un cousin de s’occuper des caisses pendant qu’il continuerait à suivre son chef.

    De retour de la guerre, le cousin jura qu’il n’avait rien trouvé, mais il était curieusement devenu très riche. Les charbonniers ne donnèrent aucun renseignement au vieillard qui repartit comme il était venu. Voilà comment finit le récit du Dr. Ribereau.

    Mais d’autres récits sont liés au trésor de Charette, comme celui de l’Abbé Beaudouin, qui, en 1804, avait besoin d’une forte somme d’argent pour payer ses dettes. L'Abbé reçut un inconnu qui lui apporta de l’or pour régler ses affaires.

    Dés lors, lorsqu’ un vendéen faisait fortune, sans que l’on sache comment, il était soupçonné d’avoir trouvé le trésor de Charette.

    Aujourd’hui encore, l’histoire du trésor vendéen, enflamme les esprits des chercheurs, au même titre que celui de Rennes le Château ou de celui des templiers….


    Source :  Historia N°386 –Année1979.


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  • Les femmes soldats en Vendée 
    Premières victimes d'une guerre civile qu'en dépit de leurs convictions religieuses elles n'ont ni fomentée ni voulue, les femmes de l'ouest de la France se retrouvent, dès les débuts du soulèvement, au printemps 1793, les plus exposées. Et les plus déterminées. (Anne Bernet)

    SOURCES

    Avant même qu'à Paris certaines officines du pouvoir révolutionnaire élaborent une théorie meurtrière d'éradication totale des populations insurgées, à commencer par l'élément féminin - « le sillon reproducteur », pour parler le jargon de l'époque - ce sont les femmes qui souffrent : viols, massacres de civils, époux, fils, frères tombés au combat, incendies de villages entiers, exode massif...

    Dans cette horreur où bascule leur quotidien jadis si paisible, l'immense majorité d'entre elles n'envisage pas un instant de prendre les armes et continue, vaille que vaille, à maintenir un semblant de normalité. Un choix qui s'avère parfois insoutenable.

    Sous la pression des circonstances, il arrivera qu'elles soient obligées de se battre. Pour certaines, la décision sera sans retour.

    Mouvement collectif, réaction incontrôlable de mères aux abois, et prêtes à tout pour protéger leurs enfants en danger.

    C'est le cas le 19 septembre 1793 à Torfou, lors de la bataille qui oppose l'ensemble des armées catholiques et royales, exceptionnellement fédérées devant le péril commun, à l'armée de Mayence, depuis peu arrivée en Vendée, sous les ordres de Kléber, Beaupuy et Aubert-Dubayet. Pendant l'affrontement, décontenancées devant l'exceptionnel mordant des Mayençais, les troupes de Charette perdent soudain pied, et refluent en désordre vers le bourg, où leurs familles, fuyant l'avance républicaine, se sont réfugiées. La déroute entraînerait peut-être l'effondrement de tout le dispositif royaliste si les maraîchines et les paydrettes (les femmes du Marais breton et du pays de Retz), en voyant revenir leurs hommes affolés, ne leur tombaient dessus à coups de triques et de sabots. C'est ainsi qu'elles vont les ramener au combat, sous leurs invectives et leurs menaces.

    Mieux encore, afin d'être sûres qu'ils ne recommencent pas, elles se jettent avec eux dans la mêlée, souvent sans autres armes que des bâtons.

    L'irruption sur le champ de bataille de cette horde en jupons désoriente à leur tour les républicains. Beaucoup se font tuer avant d'avoir eu le réflexe de se défendre contre un adversaire aussi inattendu. Si elle ne suffit pas à décider du sort de la journée, l'étonnante contre-attaque des Vendéennes donne aux Blancs le temps de se ressaisir et de reprendre le dessus.

    Nombreuses sont celles qui paient de leur vie ce sursaut d'héroïsme ; une seule échappe à l'anonymat collectif : la jeune Mme de Bruc, épouse d'un officier, qui s'empare d'un cheval et d'un sabre, et se fait tuer en chargeant avec la cavalerie royaliste.

    Cependant, ces exploits collectifs motivés par une nécessité immédiate de survivre et de protéger des familles vouées à l'extermination en cas de défaite ne sont que circonstanciels, tout comme la réaction des jeunes filles de Saint-Colombin, en février 1794, sauvées par l'arrivée de Charette au moment où les Bleus, qui ont massacré tout le village puis violé les prisonnières mises de côté à cette fin, s'apprêtent à les fusiller.

    Elles ramassent les armes de leurs bourreaux et se joignent à la petite troupe du chevalier. Malheur aux blessés et aux prisonniers républicains qui tombent ensuite entre leurs mains et qu'elles achèvent, méthodiques et vengeresses, à coups de pierres.

    Représailles d'ailleurs exceptionnelles, elles aussi, et qui tranchent, dans leur sauvagerie, avec l'attitude de tant d'autres de ces femmes, prêtes à défendre, souvent, des hommes désarmés ou mourants qu'elles savent pourtant être les assassins de leurs proches.

    Victimes des circonstances, elles n'ont pas de vocation militaire ni militante. Seuls les animent l'instinct de survie, la haine ou la colère. Quelques-unes, en revanche, choisissent délibérément de devenir des combattantes - ou des combattants, car la décence les pousse à cacher qu'elles sont des femmes - et de faire la guerre pour de bon.

    SOURCES

    De toutes, la plus célèbre, et la plus exemplaire, est incontestablement Renée Bodereau, qui s'illustre sous le nom de guerre de l'Angevin, vite transformé en Brave l'Angevin par des camarades admiratifs.

    Née en 1770 au village de Soulaine, Mlle Bodereau rentre chez elle, un soir du printemps 1793, pour découvrir son vieux père infirme égorgé par les Bleus. Elle revêt alors les habits d'un de ses frères, déjà tous partis combattre, et s'engage dans la troupe du major général Stofflet, en usurpant l'identité d'un de ses aînés.

    SOURCESLes débuts sont rudes et pénibles pour la jeune fille, qui ne sait manier ni un fusil ni un sabre, ni monter à cheval. Les premiers accrochages avec l'ennemi la frappent d'épouvante. Saisie de honte devant sa propre lâcheté, elle fait alors cette prière : « Mon Dieu, ne me donnerez-Vous pas plus de coeur afin de venger Votre gloire ? », et se sent aussitôt emplie d'une bravoure invincible.

    A sa première affaire d'importance, au Pont-Barré, elle surprend un détachement républicain de quatre hommes, et les tue, seule, puis se bat toute la journée. Il faut que la lame de son sabre se brise sur le crâne de sa vingt et unième victime pour arrêter cette indomptable.

    Jusqu'en 1795, et la première pacification, Renée Bodereau est de tous les combats, toujours à l'avant-garde, toujours partante pour les missions dangereuses ou aventurées. Il y a longtemps que son secret est éventé et que les Blancs savent à quoi s'en tenir sur son sexe.

    Pendant la Virée de Galerne, Stofflet, agacé d'être si souvent devancé par ce petit jeune homme intrépide, s'enquérant de son identité, s'entend répondre : « Général, c'est votre meilleur cavalier qui veut mourir à l'avant-garde ! » « C'est donc un gentilhomme ? » « Non, c'est une fille, mais qui se bat comme un lion ! »

    Si les siens savent qui elle est, pour les Bleus, Renée reste le redoutable Hyacinthe Langevin, dont la tête est mise à prix 40 000 livres.

    Quand elle est enfin arrêtée, au printemps 1795, alors qu'elle refuse la pacification, on l'emprisonne sous le plus improbable des prétextes : une accusation de viol.

    On tente de lui faire reconnaître le nouveau pouvoir, affirmant que « ses chefs sont de très mauvais sujets qui n'ont pas su faire sa fortune » et que la République saura se montrer plus généreuse. A quoi Renée, superbe, répond : « Je me ferai républicain le jour où la République me rendra vivants vingt-sept de ma famille qu'elle a massacrés. » Comme on lui oppose que c'est impossible, elle rétorque : « Eh bien, il m'est tout aussi impossible de me faire républicain ! »

    Les autorités lui feront payer cette insolence. Elle traverse pourtant la tourmente et s'éteint en 1824, minée par les blessures reçues au combat, laissant des Mémoires étonnants.

    SOURCES

    Du même genre, mais promise à un destin plus court et plus tragique, la petite Jeanne Robin, de la paroisse de Courlay, parfois surnommée « la Jeanne d'Arc vendéenne », s'engage dans les troupes du marquis de Lescure.

    Incapable de soutenir cette identité masculine, elle avoue son imposture à l'épouse du général, en la suppliant de lui épargner la honte d'être renvoyée dans ses foyers.

    Ne voyant pas d'issue, elle trouve moyen de se faire tuer dès le surlendemain, 5 mai 1793, à la prise de Thouars. La découverte de son corps sur le champ de bataille, présenté par la propagande républicaine comme celui de « la soeur du brigand Lescure », accréditera la légende de la présence massive de femmes dans les rangs royalistes.

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    La destinée de Mlle Regrenille est moins dramatique.

    Novice chez les ursulines au début de la Révolution, l'interdiction des voeux religieux et la fermeture des couvents la contraignent à rentrer dans le monde. Elle s'y découvre une vocation nouvelle, celle de hussarde, et, sous un déguisement d'homme, intègre, elle aussi, la cavalerie vendéenne.

    Elle se couvre de gloire pendant la Virée de Galerne, à laquelle elle a la chance de survivre avant de parvenir à retrouver sa famille. Lors de son voyage en Vendée, Napoléon tient à se la faire présenter.

    Soucieuse des convenances, Mlle Regrenille se fait accompagner par son frère. Aimable, l'Empereur demande à celui-ci : « Et que faisiez-vous, monsieur, tandis que votre soeur se battait si bien ? » « Sire, j'étais citoyen neutre... » « Neutre ? ! Alors vous n'êtes qu'un jean-f... ! », assène Napoléon au bourgeois médusé.

     

     

     

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    Céleste Talour de La Cartrie, veuve en premières noces d'un M. de La Brossardière, s'est, à 40 ans (âge avancé pour une femme à l'époque), remariée avec le comte William de Bulkeley, d'une famille irlandaise établie en France, et de dix ans son cadet.

    Celui-ci, au début de l'insurrection, prend le commandement des bandes des environs de La Roche-sur-Yon. Sa femme l'accompagne, mais pas pour faire de la figuration : elle se bat.

    Les rapports républicains parlent de « l'amazone Bulkeley et de ses cruautés inouïes », dans le but de discréditer le rôle des femmes de l'aristocratie dans la guerre civile et de nuire à la réputation des généraux, accusés de se laisser manipuler par des influences femelles et maléfiques, faiblesse évidemment indigne d'un homme et d'un militaire.

    Arrêtée en décembre 1793, à la fin de la Virée de Galerne, avec son mari et sa fille de 12 ans, Mme de Bulkeley est condamnée à mort.

    Son époux la sauve en la suppliant d'alléguer une grossesse inexistante. Le sursis accordé lui fait traverser la Terreur mais la laisse absolument seule, William ayant été guillotiné et sa fille étant morte du typhus.

    C'est auprès de Charette que la comtesse trouve refuge, et peut-être consolation. Elle ne rendra définitivement les armes qu'après la mort du général, le 29 mars 1796, et finira par se remarier, une troisième fois, avec, et c'est un comble, un officier républicain, le capitaine Pissière, subjugué par cette femme d'exception.

    Céleste enterrera encore ce mari, et mourra, à 78 ans, en 1832.

    A-t-elle été l'une des maîtresses que l'on prête à Charette ? Rien de moins sûr, mais le fait est qu'en le rejoignant, elle a retrouvé auprès de lui des dames et des demoiselles, nobles ou roturières, restées dans la légende sous l'appellation générique d'« amazones de Charette » et dont certaines méritaient ce titre grâce à leurs incontestables faits d'armes.

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    Une aura romantique et largement fausse entoure la plus connue, la comtesse de La Rochefoucauld, surnommée « la Mieux-Aimée » ou « la Belle Vénus de notre dieu Mars » par les soldats et officiers de l'armée de Charette.

    Née en 1762 à l'île de la Grenade, aux Antilles, mariée à un officier de marine, Pierre de La Rochefoucauld, qui l'a ramenée en métropole, Marie-Adélaïde de La Tousche-Limouzinière, une fois son mari émigré, s'ennuie en son manoir de La Garnache.

    En mars 1793, elle soulève sa paroisse, avec la complicité d'un de ses fermiers, Joseph Thomazeau, silencieusement et éperdument amoureux d'elle. Ils s'agrègent à l'armée de Joly, qui tient la région des Sables-d'Olonne, mais, rapidement, la comtesse et le vieux Joly, misogyne acrimonieux, se heurtent de front.

    Dégoûtée de la muflerie du personnage, Marie-Adélaïde décide de rejoindre Charette, dans les bras duquel elle s'abandonne tout l'été 1793.

    L'avancée des Mayençais, à l'automne, les sépare sans retour, le général refusant, face à un danger extrême, de s'encombrer d'une femme, même s'il en est épris. Ils ne se reverront jamais.

    Séparées des armées vendéennes, les bandes de Mme de La Rochefoucauld se retrouvent isolées dans la zone côtière et quelques attaques de convois républicains ne leur suffisent pas à survivre.

    Le 16 janvier 1794, trahie, la jeune femme est arrêtée dans une métairie du village de Dompierre et fusillée le soir même sur la plage des Sables, en compagnie du fidèle Thomazeau, qui ne l'a pas quittée.

    Dans l'espoir de nuire à sa mémoire, les républicains feront circuler un récit fantaisiste de ses derniers instants, selon lequel, saisie de panique, elle se serait offerte au premier venu pourvu qu'on ne la tue pas. Calomnies aussi stupides et dénuées de fondement que la version romanesque affirmant que le pauvre Thomazeau, amoureux transi, aurait, à la dernière seconde, confessé à sa dame sa passion sans espoir.

    SOURCES

     

     

    Victoire du Fief, femme d'un officier émigré, est devenue enragée à la suite de l'assassinat de son bébé, qu'elle a retrouvé coupé en morceaux dans son berceau.

    Du printemps 1794 à la pacification de 1796, la minuscule Mme du Fief venge son fils, avec une ardeur qui épouvante l'ennemi, bien qu'elle sache, la fièvre du combat retombée, implorer grâce pour les prisonniers.

    Sa glorieuse participation au combat des landes de Béjarry, le 30 mai 1794, lui vaudra, à la Restauration, un honneur sans précédent dans l'histoire militaire française. A défaut de pouvoir lui donner la croix de Saint-Louis, les statuts ne prévoyant pas la possibilité de décerner cette décoration à une femme, Louis XVIII lui envoie cette lettre : « Je regrette que les règlements ne me permettent pas de vous donner cette croix de la vaillance, mais j'ose, à la place, vous offrir mon portrait et, en le portant attaché à un ruban semblable à celui de l'ordre dont je voudrais vous décorer, il prouvera, du moins, la nature de vos services et combien je sais les apprécier. »

    SOURCES

     

     

    Il faut encore citer, parmi les amazones de Charette, son agent de liaison, Marie Lourdais, une épicière itinérante qui, sans porter les armes, prend des risques insensés afin de l'informer.

    Laissée pour morte sur un champ de bataille, celle que le général appelle « ma Bretonne », se rétablira et mourra nonagénaire sous le Second Empire.

    Enfin, il convient de ne pas oublier la jeune paysanne Madeleine Tournant, dernière femme engagée dans le combat vendéen, laissée à l'agonie dans les bois de la Chabotterie, le 23 mars 1796, lors de la capture de Charette. Elle aussi survivra à la guerre.

    SOURCES

     

     

    Bien qu'elles aient d'abondance inspiré les romanciers, les chouannes, au nord de la Loire, sont moins engagées que les Vendéennes dans la lutte armée.

    Egérie du marquis de La Rouërie, son cousin, Thérèse de Moëlien, morte sur l'échafaud à Paris le 18 juin 1793, est indubitablement l'un des chefs de la contre-révolution, mais elle n'aura pas le temps de se battre.

    Agent de liaison et officier de recrutement, Mme Le Frotter de Kérilis, tuée lors du raid royaliste d'octobre 1799 sur la prison de Saint-Brieuc où elle est incarcérée, est considérée comme très dangereuse par les républicains, mais moins pour ses faits d'armes que pour son influence et son action militante.

    C'est une autre tactique encore qu'utilise, en cette même année 1799, une jeune fille du Cotentin, connue sous le nom de Marie-Muguette, qui n'hésite pas à sacrifier sa vertu pour permettre, en occupant le geôlier, l'évasion de plusieurs de ses camarades emprisonnés au Mont-Saint-Michel et promis à la guillotine.

    Quant aux armées des princes en exil, elles comptent aussi dans leur rang une amazone, Louise du Haussey, dame de Bennes, qui a suivi son mari en émigration, abandonnant son manoir normand et leurs deux enfants pour l'accompagner.

    Sous le pseudonyme de chevalier de Haussey, qui ne trompera pas longtemps les gentilshommes de son entourage, Louise de Bennes fait les premières campagnes d'Allemagne, et, son époux tué près d'elle, elle conserve son déguisement pour garder l'occasion de le venger.

    Prise à Quiberon, en juillet 1795, elle accepte de remettre une robe le temps de s'évader, toujours dans l'intention de regagner l'Angleterre et de continuer à se battre. Revenue en France en 1805, Mme de Haussey s'éteindra en 1838, royaliste impénitente, et scandalisant son monde par son refus obstiné de quitter ses pantalons...

     

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  • La plaine de Luçon était funeste aux Vendéens. Ce pays découvert n'était pas favorable à leur tactique. En six semaines, ils avaient perdu trois batailles.

    LA GUERRE DE CENT ANS : Les évènements

    C'est dans la dernière de ces rencontres, le 14 août 1793, que se passèrent les deux faits que nous allons raconter. Ils sont bien glorieux pour Charette qui en fut le héros.

    Au commencement du combat, Lescure et La Rochejaquelein demandent à Charette le poste qu'il désire : "Le plus près de l'ennemi, Messieurs, répond-il, ce fût assez longtemps le vôtre." Il est chargé de l'avant-garde.

    Charette et Lescure commandaient la gauche ; d'Elbée, Donissan et Royrand, le centre ; La Rochejaquelein et Marigny la droite.

    Lescure et Charette obtirent d'abord un avantage complet et prirent cinq canons ; mais le désordre qui se mit dans le centre, par suite de dispositions mal prises et mal exécutées, le feu de l'artillerie volante, les charges de la cavalerie, qui se déployait à l'aise dans la plaine, causèrent la perte de la bataille. La déroute fut meurtrière.

    Une pièce de canon, renversée sur le pont Mainclaye, obstruait le passage et causait un encombrement terrible, par la quantité de fuyards qui se précipaitait pour franchir ce point, en même temps que le reste de l'artillerie. 

    On s'y culbutait, on s'y écrasait. Déjà les boulets des Bleus venaient sillonner cette foule entassée. La Rochejaquelein, qui avait combattu jusqu'à la fin pour couvrir la retraite, arrive avec d'Elbée ; il ne se contente pas d'employer son autorité, l'influence de sa parole : descendu de cheval, il met lui-même la main et l'épaule à l'oeuvre pour enlever l'obstacle, et le passage est enfin débarrassé.

    On perdit, dans cette journée, environ quinze cents soldats. Sans Monsieur Henri de la Rochejaquelein, on en aurait perdu bien d'avantage.

    Il y eut des actes d'incomparable bravoure qui honorent cette défaite, mais il y eu aussi des scènes de cruatuté et de perfidie.

    On rapporte qu'une misérable femme, dont la maison n'était pas loin de ce point, offrait un asile aux fuyards qui n'avaient pas d'arme. Quand deux cents furent rassemblés dans la cour, elle appela les Républicains qui égorgèrent ces malheureux sans défense.

    C'est horrible. Le coeur a besoin d'avoir sous les yeux de plus nobles spectacles. Notre héros vendéen, Charette, va nous les offrir.

    René Gauthier faisait partie de l'armée de Charette, et combattait avec les "gars" de Treize-Septiers. Quant il fallut partir, il dit à quelques-uns de ses camarades :

    - "Ah ! Ca les enfants, on prétend que les Angevins sont plus braves que nous ! Nous allons combattre ensemble, je suis d'avis que nous prouvions le contraire. Qu'en pensez-vous ?"

    - "Tu as raison, répondent les autres ; marche ! Nous te suivrons !"

    Ils arrivèrent dans la plaine de Luçon, bien décidés à se signaler par quelque trait d'audace, et ils s'avancèrent fort loin, croyant ainsi trouver l'occasion qu'ils cherchaient. Mais ils choisirent si mal leur poste qu'ils n'eurent pas même l'occasion de brûler une cartouche. On se battit loin d'eux, et, quand la déroute se déclara, il n'eurent qu'à rebrousser chemin, pour ne pas se faire tuer sans profit.

    Comme ils avaient d'avantage de chemin à faire, et qu'ils reculaient à regret, ils arrivèrent sur les bords de la Smagne lorsque tout le monde était parti. Ils y trouvèrent cependant Charette, qui était resté pour protéger la retraite, et qui attendait les derniers fuyards avant de passer la rivière. Ils s'arrêtèrent avec lui.

    Comme ils étaient là, immobiles, ils virent trois cavaliers républicains qui accouraient sur eux :

    - Nous allons les tuer, dit Gauthier, en s'adressant à Charette

    - Non, répond celui-ci ; c'est à moi qu'ils en veulent : je m'en déferai tout seul, partez !

    Malgré cet ordre, Gauthier et ses compagnons restèrent.

    Charette mit le sabre à la main, poussa son cheval sur les cavaliers et les attaqua de front. Il excellait dans le maniement des armes, et était irrité par le résultat de la journée ; aussi, il se battait avec une sorte de fureur, et ses coups étaient terribles. Mais les républicains étaient trois et se défendaient vaillamment.

    Gauthier et ses camarades tremblaient pour la vie de leur Général. Ils n'osaient tirer, de peur d'atteindre Charette lui-même ; en courant à son secours, ils craignaient de détourner son attention et de contribuer à sa mort. Ils demeurèrent à leur tour sur place, les yeux fixés sur cette lutte inégale, et priant Dieu de conserver une vie si précieuse.

    Après une anxiété cruelle, ils poussèrent tous un soupir de soulagement : un des républicains venait de tomber, transpercé en pleine poitrine par le sabre de Charette. Les deux autres se défendirent encore ; mais un second ne tarda pas à tomber lui aussi, et le troisième prit aussitôt la fuite.

    Charette mis son sabre dans le fourreau, promena son regard sur la plaine, où il n'aperçut aucun Vendéen, et se dirigea vers ses hommes, qui craignaient fort d'être grondés. Mais il vit des larmes dans leurs yeux et il parut ému lui-même. Il leur dit simplement : 

    - Mes enfants, tout est fini ! Sauvez-vous !

    Gauthier et ses camarades coupèrent les cordes de leurs havre-sacs, prirent leur fusil d'une main, et, les tenant au-dessus de leur tête, ils traversèrent la rivière, où ils avaient de l'eau jusqu'aux épaules. Charette choisit un talus favorable pour aborder avec son cheval et la traversa après eux.

    Le général hésitait à quitter le champ de bataille.

    Bientôt une occasion se présente de montrer sa bravoure et son dévouement envers ses soldats.

    Dans cette déroute, où les Bleus poursuivaient de près les Vendéens, un de ces derniers, blessé d'un coup de feu dans les reins et hors d'état de marcher, implorait le secours de ses camarades : "Ayez pitié de moi, chers amis du bon Dieu, je vais mourir, sans doute, par suite de ces blessures qui m'ont haché, mais je ne voudrais pas finir sur cette route. De grâce, emportez-moi !"

    Hélas, les fuyards étaient sourds à sa voix. Tout à coup, le pas d'un cheval lancé au galop se fait entendre. Est-ce un Bleu ? Le paysan tremble et recommande son âme à dieu.

    Il lève les yeux et reconnaît Charette qui s'est décidé, enfin, à quitter le champ de bataille.

    - Mon Général, crie le blessé, sauvez-moi !

    Charette, ému par cet appel, se retourne et s'arrête. "Non, il ne sera pas dit que j'ai laissé un soldat mourir, quand je pouvais le secourir". Alors, sautant à terre, au risque d'être atteint lui-même par des balles ennemies, il court au malheureux, se penche, le saisit, le place doucement sur la croupe de son cheval et, avec son écharpe, l'attache à son propre corps. Puis il repart au galop.

    Longtemps Charette poursuivit sa course. Quand il put s'arrêter, le sang avait coulé avec une telle abondance que la ceinture blanche avait changé de teinte.

    Charette aperçoit une métairie déserte ; la fumée s'échappe de la cheminée. Alors il s'approche et appelle. Une femme se présente sur le seuil.

    - Recueillez chez vous, je vous prie, dit le général, ce brave Vendéen blessé dans la bataille.

    La fermière s'empresse de tendre les bras au malheureux paysan. Mais Charette et lui ne font plus qu'un bloc : les vêtements du blessé étaient tellement collés par le sang avec l'habit et la selle du général qu'il fallut les plus grandes précautions pour les détacher.

    Cette délicate opération accomplie, la femme prépare un lit, et, aidée du Général, y couche le soldat épuisi.

    Heureux d'avoir rempli sa mission, Charette serre la main du blessé, lui souhaitant bon courage, remonte à cheval, se dirige vers ses cantonnements. 


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  • Lors de la bataille de Chemillé, le 11 avril 1793, les Républicains eurent treize soldats et deux officiers de tués ainsi que 60 blessés.

    Malgré leur victoire, les Vendéens avaient subi des pertes bien plus lourdes que les Républicains (environ 600 hommes tombés au combat), 400 Républicains avaient également été capturés.

    Les Vendéens, éprouvés par leurs nombreux morts et voulant venger les habitants massacrés à Barré, voulurent exécuter leurs prisonniers. « Pas de quartier aux prisonniers ! »

    D’Elbée tenta de calmer ses gars et s'interposa. Avec ruse, il cria d’une voix forte : « Soldats à genoux  ! Disons d’abord notre Pater. »

    TROUBLES REVOLUTIONNAIRES : Récits et Légendes

    Les paysans, nu-tête, obéirent… : «Pardonnez-nous nos offenses… »

    Lorsque ils arrivèrent au « pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » D'Elbée les stoppa : « Arrêtez, cria-t-il ! Ne mentez pas à Dieu ! Vous lui demandez qu’il vous pardonne, comme vous vous pardonnez aux autres !!!... Vous pardonnez aux autres ??? »

    Pour les paysans, très catholiques, ces paroles ne provoquèrent plus la moindre contestation. La leçon fut comprise : les fusils s’abaissèrent ; les quatre cents prisonniers Bleus furent sauvés.

    Ce geste restera par la suite connu sous le nom de Pater D'Elbée.


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