• REFORME ET GUERRE DE RELIGIONS : Récits et légendes

  • En nous introduisant dans le vieux château de Puy-Papin, au dix-septième siècle, les intéressantes études de M. Aude sur la Vendée nous y montrent le sombre intérieur d'une famille de huguenots, celle des Picot de la Meinlaye, dure et farouche lignée, que ni les progrès, ni l'adoucissement des moeurs n'ont pu tirer de leurs habitudes violentes et cruelles. 

    SOURCESLa tradition raconte que madame de la Meinlaye, assise à table en face de son mari, avait habituellement un pistolet armé, qu'elle plaçait à côté de son couvert. 

    Son fils, Benjamin Picot de la Meintaye, tuait un jour de sa main deux de ses domestiques, dans un accès de colère.

    Or, un soir, par une sombre nuit d'hiver, l'antique manoir de Puy-Papin, d'ordinaire si morne sur sa roche isolée, s'emplit tout à coup de trouble et d'un bruit sinistre. Ses fenêtres s'illuminent de soudaines clartés ; des clameurs étranges s'y font entendre. 

    Pourquoi? Quelle est la raison de cet émoi nocturne? 

    Messire Benjamin Picot venait de rentrer au château, mais porté par des paysans, qui l'avaient rencontré non loin de là, couché par terre et mortellement blessé. 

    Le châtelain revenait, ce jour-là, de la ville d'Angers, et cheminait tranquillement au pas de son cheval, suivi d'un seul laquais, que messire avait souvent menacé dans ses emportements. 

    Comme le huguenot arrivait à l'endroit appelé depuis la Croix-d'Angers, le valet de pied, qui roulait dès longtemps déjà de sombres desseins de vengeance, crut le moment favorable pour les réaliser, en se délivrant d'un maître si dangereux. 

    D'un coup de feu tiré à l'improviste, il blesse à mort le terrible seigneur, le renverse à bas de sa monture, et le laissant là, baigné dans son sang, l'assassin prend la fuite et s'échappe à la faveur des ombres de la nuit...

    Ce pistolet toujours armé de madame de la Meintaye, pour tenir en respect son mari dînant à ses côtés ; ce jeune fils de famille, qui tue de sa propre main deux de ses domestiques, et qui est un soir tué lui-même par l'un d'eux, tout près de son manoir, c'est une peinture de moeurs ! Les moeurs d'une gentilhommière protestante de la Vendée au dix-septième siècle !


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