• Les rapports des colonnes

    Chaque jour, et ce pendant toute la durée de campagne des colonnes, les représentants de chacune d'entre-elles établissaient un compte rendu détaillé par écrit au Général Turreau.

    Voici quelques exemples, sélectionnés sur les mois de janvier et février de l'année 1794. A leur lecture on pèse rapidement le poids des ressentis républicains (on en déduit d'ailleurs, parfois avec effarement, où vont leur vraies priorités) :

    - l'enthousiasme, devant le nombre de pertes humaines, quelques qu'elles soient, du côté adverse,

    - le désarroi, devant la difficulté à faire évacuer les biens et denrées pillées. Comment faire pour ne pas en laisser sur place ?!!!

    - la surprise, devant l'audace des attaques des "brigands" si peu habitués aux combats rangés.

     

    Morceaux choisis :

    Du 23 janvier : Colonne n°3 (située à Maulevrier.) 

    LES COLONNES INFERNALES"Depuis deux jours il est parti environ deux cents charretées de grains, sans compter les fourrages. Personne ne pourrait croire la quantité de grains qui se trouvent dans les environs ; on en découvre partout et j'ose t'assurer que six cents charrettes ne serviraient qu'à éclaircir le pays. 

    Je t'observe que Maulevrier, Isernay et quelques villages à un quart de lieue l'un de l'autre, composent plus de quinze cents maisons sans comprendre les métairies. Lorsque tout sera évacué, je ne veux pas qu'il en reste un vestige, et le pays sera purgé par le fer et le feu. Il ne m'échappera pas un brigand. Ce matin, je fais fusiller quatorze femmes et filles."

     

     Du 24 janvier : Colonne n° 2 (située à Bressuire). 

    La journée d'hier s'est passée à ramasser des subsistances et à brûler différents endroits. J'en aurais brûlé davantage s'il n'y avait pas eu de blés et de foins. 
    Je te préviens que les soldats cassent leurs armes en tuant à coups de baïonnette les brigands que l'on rencontre dans les genêts et dans les bois et les brigands se révoltent ; ne vaudrait-it pas mieux tes tuer à coups de fusil, cela serait plus tôt fait ? Je pars ce matin pour Cerizais, et ma colonne de gauche pour Montigny. 

    J'ai essayé de brûler les bois et les genêts, il est impossible d'en venir à bout. J'attends tes ordres pour les mettre exécution."

    Du 25 janvier : Colonne n°5 (située à La Jumelière) 

    "Je viens de donner l'ordre à d'incendier le village de Chanzeau, de même que de faire scrupuleusement la fouille des bois qui sont de ce côté. Je vais aussi faire la même opération dans tout ce qui avoisine mon quartier-général et j'aurai soin de te rendre ce soir un bon et fidèle compte de ce qui se sera passé dans la journée. 
    Je ne sais s'il y a encore des brigands dans les bois; mais les mesures que j'ai prises ne me laisseront rien ignorer. 
    J'ai reçu des nouvelles de qui a brûlé dans sa journée cinq châteaux. Je l'ai autorisé à respecter les propriétés de la citoyenne Beaurepaire dont le mari s'est immortalisé à Verdun. Je crois avoir bien fait car il n'est jamais entré dans les intentions de la republique que cette bonne citoyenne soit victime des iniquités qui se sont commises dans le village,de Joué où elle fait sa résidence." 

    Même colonne ( La Jumelière. ) plus tard dans la journée :
    "J'ai fait aujourd'hui, mon cher camarade, beaucoup de besogne. X, arrivé de sa mission, vient de me rendre compte qu'il avait incendié le village de Chanzeau et tous les hameaux et métairies qui l'environnent. Il a aussi fait fouiller les bois et n'y a rien trouvé.
    X a encore fait passer au fil de la baïonnette environ trente personnes suspectes des deux sexes. II a, dans sa marche, été obligé de faire; un exemple : Un dragon du 2e régiment, qui s'est permis d'assassiner un vieillard patriote, parce qu'il n'avait pas d'argent à lui donner, a été fusillé sur-le-champ sur la demande de toute la troupe qui a applaudi à cet acte de rigueur. Je n'ai pas désapprouvé sa conduite, car il est constant que les troupes légères se permettent des atrocités et qu'elles contribuent beaucoup a mettre de l'indiscipline dans les armées, et de tels exemples ne peuvent qu'être d'une grande utilité. 

    Du 25 janvier : Le commissaire ordonnateur Rabel. (situé à Chollet.) 

    "Tu connais citoyen général, les soins de l'Administration, sa sollicitude républicaine mais tu sentiras que, malgré tous ses efforts, elle ne peut suffire à l'enlèvement des ressources immenses et inattendues que la Vendée nous offre. Pour y parvenir, il faudrait que tes opérations fussent subordonnées à la difficulté de procurer à toutes tes colonnes les voitures qui leur sont nécessaires; et comment les rassembler dans d'aussi courts instants ? Comment faire venir d'Angers, de Sauniur, de Tours, les chevaux des dépôts d'artillerie et des charrois que nous avons demandés? Ce n'est pas de cent voitures que nous avons besoin, c'est de mille, c'est de quatre mille. Partout on nous en demande et il est impossible de s'en procurer."

    Du 5 février : Le général Duquesnoy (situé à La Roche-sur-Yon) 

    "Parti de Montaigu le 4 au matin, je n'ai pu arriver à Saint-Fulgent qu'à midi. Je me disposais à aller attaquer les brigands à Chauché, lorsque j'ai reçu une lettre de l'adjudant-général Dufour qui m'apprenait qu'il avait trouvé l'ennemi aux Essarts qu'il y était en force, et qu'il serait obligé de se rendre à Chantonnay puisqu'il ne pouvait passer pour se rendre à la roche-sur-Yon.

    Je réfléchissais sur ce mouvement de l'ennemi et sur les moyens de l'attaquer, lorsque je reçus une nouvelle lettre de Dufour qui me conjurait de marcher sur la Roche-sur-Yon où l'ennemi se portait en très grande force et chasserait probablement les troupes peu nombreuses qui tenaient ce poste. Alors je n'hésitais plus je mis ma troupe en marche et j'arrivais à huit heures du soir devant les Essarts, après avoir fouillé tous les villages à droite et à gauche de la route, à une demi-lieue de distance. 

    Comme il était très-nuit, je ne crus pas prudent de faire entrer ma troupe aux Essarts ; je l'établis au bivouac, et j'appris bientôt par un espion que l'ennemi était parti une heure avant mon arrivée. 

    Le lendemain je partis de bonne heure pour la Roche-sur-Yon, et je brûlais et tuais comme la veille. En arrivant à la Ferrière, on me dit que l'ennemi y était, je n'y trouvais que vingt-cinq des leurs qui y étaient restés après le départ de leur bande. Je me rendis à la Roche-sur-Yon que la garnison avait évacuée, crainte d'être enveloppée, après avoir rompu le pont que je fis rétablir. J'entrais dans la ville qui ressemblait à un désert j'y trouvais cependant Dufour qui venait d'y entrer par les derrieres avec quelques dragons mais qui était suivi, de douze cents hommes qu'il amenait de Chantonnay. 

    J'ai appris par mon espion, par les gens de Ferrière et par Dufour, qu'à Ferrière, Charette, La Rochejaquelein, Joly et Stofflet avaient fait leur jonction et qu'ils composaient une force de dix à douze mille hommes. Ils se sont jetés sur la droite de Ferrière en allant ,à la Roche-sur-Yon pays chéri de Charette.

    Dans ces circonstances, j'ai cru ne devoir pas agir sans te consulter ; car si, comme cela parait vraisemblable les trois bandes sont ensemble, ou pourrait prendre de plus grands moyens et employer plusieurs colonnes car je ne puis aujourd'hui diviser la mienne alors je ne pourrai pas les forcer à se battre et s'ils m'attendaient, leur nomhre pourrait l'emporter sur la valeur des soldats et sur la fermeté du général.

    Pèse ces circonstances et éclaire-moi sur mes mouvements ultérieurs. Je compte beaucoup sur tes lumières militaires et tes connaissances du genre de cette guerre dans laquelle je suis tout neuf; ainsi j'attends ta réponse."

    => Turreau ne répondra pas !

    Du 9 février : Poché, commandant la place de Cholet

    "Citoyen général depuis ton départ, Chollet a été loin d'être tranquille, les brigands ont montré une audace peu commune après quelques avantages partiels, ils ont osé venir attaquer Chollet par la route de Saumur où ils se sont déployés à la distance de cinq cents toises de nos troupes. Une terreur panique a saisi nos soldats et la déroute a commencé aussitôt que Faction.

    Menaces prières, tout a été inutile ; le brave général Moulin obligé de suivre le mouvement protégeait la retraite faisant face et chargeant les rebelles avec le peu d'hommes restés autour de lui il a été assailli dans une rue, blessé de deux balles et s'est achevé d'un coup de pistolet, pour ne pas tomber vivant entre leurs mains, voulant mourir libre.

    Ceux qui combattaient à ses côtés et dont la majeure partie étaient des officiers, ont presque tous péri ou ont été blessés. 

    Le général Caffin s'était rendu sur la route de Nantes pour y rallier les troupes. S'il n'a pu parvenir à les faire revenir sur leurs pas, du moins il en a retenu une partie jusqu'à l'arrivée de la colonne du général Cordellier qui, après avoir traversé rapidement la foule de nos fuyards, a chargé les brigands avec tant d'intrépidité qu'ils ont été forcés de sortir de Chollet plus vite qu'ils n'y étaient entrés.

    Ils ont été mis à leur tour dans la plus complète déroute; mais, dans leur fuite, ils ont blessé grièvement le général Caffin et plusieurs braves officiers. 

    L'ennemi a été maître de Cholet environ une heure. Aucun d'eux n'a osé entrer dans les maisons ; ils n'ont rien pillé. J'avais eu soin de donner des ordres pour faire filer les effets de la république sur la route de Nantes, et de ce côté nous étions tranquilles"


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